Rencontre avec Muriel Combes autour de "Simondon - une Philosophie du Transindividuel"
Ce livre est une parfaite introduction à la pensée de Gilbert Simondon, c’est aussi une étude remarquable par sa clarté, et par le geste spécifique et fécond qui l’oriente, à savoir la volonté de détacher Simondon de son identité de « penseur-de-la-technique » pour faire apparaître dans sa philosophie les éléments d’une éthique et d’une politique articulées autour de la notion de transindividuel.
« Que peut un être humain pour autant qu’il n’est pas seul ? »
Muriel Combes est née en 1971. Agrégée de philosophie, elle a soutenu une thèse sous la direction de Jacques Rancière en 2002. Elle est l’autrice de La vie inséparée. Vie et sujet au temps de la biopolitique (Dittmar, 2011) et de plusieurs articles sur la biopolique, le cinéma, la politique.
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Souvent cantonnée au champ de la technique, la pensée de Gilbert Simondon déploie pourtant un ensemble de concepts qui nous semblent particulièrement opérants aujourd’hui.
Si la philosophie de Simondon est aussi vivifiante, c’est peut-être parce qu’elle emprunte autant à la mécanologie qu’à la psychologie. Il y est question de relation transindividuelle, d’individuation, de préindividuel, de transduction, de milieu métastables , de cristallisation, de mise en tensions, de critique du schéma hylermorphique, etc. Il a tenté de penser une ontologie qui ne se limite pas à une production de différences et de catégories figées mais qui se concentre plutôt sur les rapports qu’il y a entre les êtres. Il n’y a d’être que dans la mesure où il s’agence avec d’autres de proche en proche.
Pour que nous soyons plus nombreuses à se saisir de cette pensée, nous solliciterons quelques clefs de compréhension auprès de Muriel Combes. Sa lecture de Simondon a largement contribué à amener la pensée de ce philosophe sur un autre terrain, celui du politique.
Nous essaierons donc de voir grâce à ses éclairages quelle portée peut avoir ce geste de pensée face à une vision du monde où la notion d’individu prime comme présupposé - et depuis laquelle se perpétue une conception capitaliste et fachiste de la société. En ce sens, la conception du transindividuel nous semble tout particulièrement riche de promesses.
La ressaisie de Muriel Combes nous permet plus particulièrement d’apprécier l’apport de la pensée de Simondon sur ce qu’est l’être collectif : « Il y a un collectif dans la mesure ou une émotion se structure. » Contre des lectures aux tendances cybernétiques qui feraient dire à Simondon que le corps politique est un ensemble fonctionnel et rationnel, la lecture de Combes contribue à ouvrir la possibilité de penser un commun pré-langagier ; condition éthique préalable à la formation de toute communauté qui n’en aurait alors pas que le nom.